La femme qui a rendu Van Gogh célèbre
Van Gogh n'aurait vendu qu'un seul tableau de son vivant. Si le monde entier le connaît aujourd'hui, c'est grâce à une femme dont presque personne ne connaît le nom.
Le seul tableau de Van Gogh dont la vente est documentée de son vivant, La Vigne rouge, part en 1890 à Bruxelles, pour 400 francs, à une peintre belge, Anna Boch. En juillet de la même année, Vincent meurt.
Son frère Théo, marchand d'art, meurt six mois plus tard. Sa veuve, Johanna, se retrouve avec un bébé, un appartement à Paris, environ 200 tableaux qui ne valent rien, des centaines de dessins et les lettres des deux frères.
On lui conseille de rester à Paris. Elle rentre aux Pays-Bas avec les toiles, ouvre une pension de famille, et consacre sa vie à l'œuvre de Vincent : elle prête les tableaux aux expositions tout en gardant l'essentiel de la collection, et finit par contrôler le marché Van Gogh de Paris à New York.
En 1914, elle publie les lettres des deux frères, qui forgent la légende du génie maudit. La même année, elle fait transférer Théo à Auvers-sur-Oise, à côté de Vincent, sous deux pierres identiques. Leur fils fondera le musée Van Gogh d'Amsterdam.
Au musée d'Orsay devant un Van Gogh, ou en visitant Auvers-sur-Oise.
Idées reçues
Ce qu'on raconte sur cette histoire, et ce qui est vrai.
« Van Gogh n'a vendu qu'un seul tableau de son vivant. »
La Vigne rouge est la seule vente prouvée. Mais l'historien Martin Bailey a relevé d'autres ventes probables : un portrait payé 20 francs à Paris, un autoportrait acheté par des marchands londoniens en 1888, un tableau pris par le marchand parisien Athanase Bague.
La vente de La Vigne rouge est la seule bien documentée, d'où le chiffre. Pourtant, après la mort de Vincent, une tante écrivait déjà à Théo que son frère avait réussi à vendre un tableau « et même plus d'une fois ».
« Van Gogh ne s'est coupé qu'un bout de l'oreille, le lobe. »
En 2010, l'historienne amateur Bernadette Murphy a retrouvé à l'université de Berkeley un croquis de son médecin, le docteur Félix Rey : l'oreille est tranchée presque entièrement, il ne reste qu'un bout du lobe. Le musée Van Gogh l'a exposé en 2016.
La version du lobe vient de proches et de témoins : Johanna parlait d'« un morceau de l'oreille », le peintre Paul Signac du « lobe (pas l'oreille) ». Le croquis de Rey date de 1930, fait pour le romancier Irving Stone, et certains historiens, comme Martin Bailey, estiment qu'il n'a pas coupé tout à fait toute l'oreille.
« Van Gogh ne s'est pas suicidé : il a été tué par un adolescent. »
Le musée Van Gogh s'en tient au suicide : Vincent meurt le 29 juillet 1890, deux jours après s'être tiré une balle dans la poitrine. Ses spécialistes ont examiné en 2013 la thèse d'un tir par un tiers et l'ont rejetée. Aucun document de l'époque ne l'appuie.
Elle vient d'une biographie de 2011, de Steven Naifeh et Gregory White Smith, qui désignent René Secrétan, 16 ans, comme le tireur probable, peut-être par accident. Ils s'appuient notamment sur une interview qu'il avait donnée en 1957, où il n'avouait pourtant pas avoir tiré. Le film At Eternity's Gate (2018) a relancé l'idée.
- Johanna van Gogh-Bonger — Wikipedia
- The Red Vineyard — Wikipedia
- Van Gogh Museum at 50: Vincent van Gogh and the art market — The Conversation
- Why did Van Gogh fail to sell his work? — The Art Newspaper
- What actually happened to Vincent van Gogh's ear? — UC Berkeley Library
- Did Van Gogh cut off his whole ear? Or only a part? — The Art Newspaper
- Vincent van Gogh's Death — Van Gogh Museum
- Van Gogh: it was suicide, not murder — The Art Newspaper
- Van Gogh's suicide: ten reasons why the murder story is a myth — The Art Newspaper