Pourquoi l'Allemagne ne fête pas son unité le jour de la chute du Mur
Pourquoi aujourd'hui ? Le 3 octobre, l'Allemagne célèbre sa réunification, entrée en vigueur ce jour-là en 1990.
La chute du mur de Berlin, le 9 novembre 1989, est l'une des dates les plus célèbres du XXe siècle. Pourtant, la fête nationale allemande tombe le 3 octobre, un jour choisi presque sur un calendrier de bureau.
Dans la nuit du 22 au 23 août 1990, peu avant 3 heures du matin, le Parlement de la RDA, la Volkskammer, vote l'adhésion de l'Allemagne de l'Est à la République fédérale. Sur 363 députés présents, 294 votent pour, 62 contre et 7 s'abstiennent. La date retenue : le 3 octobre 1990.
Cette date est un compromis. Les sociaux-démocrates est-allemands voulaient le 15 septembre, le chef du gouvernement est-allemand, Lothar de Maizière, le 14 octobre. Le 3 octobre tombe juste après une réunion à New York, les 1er et 2 octobre, où les pays de la CSCE devaient être informés du traité réglant l'unité allemande.
Le 9 novembre, jour de la chute du Mur, aurait semblé plus évident. Mais c'est aussi la date des pogroms de 1938 contre les Juifs, la « Nuit de cristal ». Le 3 octobre reste donc le jour de l'Unité allemande, seul jour férié fixé par le droit fédéral, à la place du 17 juin qui commémorait à l'Ouest le soulèvement de 1953 en RDA.
Cette fête choisie pour des raisons de calendrier a failli être sacrifiée pour des raisons de budget. Le 4 novembre 2004, pour gagner une journée de travail et relancer la croissance, le gouvernement de Gerhard Schröder propose de la déplacer au premier dimanche d'octobre ; face au tollé, jusqu'au président Horst Köhler, le projet est abandonné dès le lendemain.
Le 3 octobre, en voyage en Allemagne, devant un magasin fermé. Ou quand quelqu'un s'étonne qu'un pays ne fête pas sa date la plus célèbre.
Idées reçues
Ce qu'on raconte sur cette histoire, et ce qui est vrai.
« Le 9 novembre 1989, les Berlinois ont abattu le mur de Berlin. »
Ce soir-là, le Mur a été ouvert, pas démoli : après une conférence de presse confuse de Günter Schabowski, la foule a forcé le passage à la Bornholmer Straße vers 23 h 30. La démolition officielle n'a commencé que le 13 juin 1990 et s'est achevée en ville le 30 novembre 1990.
L'expression « chute du Mur » et les images de gens qui cassent le béton au marteau font croire à une destruction immédiate. Ces « piverts du Mur » n'en ont arraché que des morceaux, dans les semaines et les mois suivants.
« La Loi fondamentale allemande de 1949 était provisoire : à la réunification, elle a été remplacée par une nouvelle Constitution. »
La RDA a adhéré à la RFA par l'article 23 de la Loi fondamentale, qui s'est appliquée à toute l'Allemagne. L'autre voie, une nouvelle Constitution adoptée par le peuple (article 146), n'a pas été choisie.
La Loi fondamentale se présentait elle-même comme provisoire, en attendant l'unité, et le débat a bien eu lieu en 1990. Le chancelier Helmut Kohl a défendu l'adhésion, qu'il appelait la « voie royale ».
« Après la réunification, Bonn est restée la capitale de l'Allemagne jusqu'en 1999. »
Berlin est la capitale depuis le 3 octobre 1990, selon le traité d'unification. Restait à fixer le siège du Parlement et du gouvernement : le Bundestag a choisi Berlin le 20 juin 1991, par 338 voix contre 320.
Le Parlement et le gouvernement ont continué à siéger à Bonn jusqu'à l'été 1999 : le Bundestag a tenu sa première séance de travail régulière à Berlin, au Reichstag, le 8 septembre 1999, et Bonn a gardé plusieurs ministères.
- Volkskammer sagt Ja zur Einheit — Bundesregierung (gouvernement fédéral allemand)
- Das Ja zum 3. Oktober — Demokratiegeschichten
- Feiern und Gedenken — Bundeszentrale für politische Bildung (bpb)
- Tag der Deutschen Einheit — Landeszentrale für politische Bildung Baden-Württemberg
- Der Nationalfeiertag bleibt bestehen — Blätter für deutsche und internationale Politik (décembre 2004)
- Beitrittserklärung der Volkskammer — Konrad-Adenauer-Stiftung
- Vor 30 Jahren: Abriss der Berliner Mauer — Bundeszentrale für politische Bildung (bpb)
- 1990: Grundgesetz oder neue Verfassung? — bpb
- Bonn oder Berlin? — Deutscher Bundestag