La trêve de Noël 1914
Noël 1914. En pleine guerre, des soldats anglais et allemands sortent des tranchées, se serrent la main et échangent des cadeaux. C'est vrai. Le grand match de foot, en revanche…
Cinq mois après le début de la guerre, le front de l'Ouest est figé. À l'approche de Noël, côté allemand, des soldats posent des bougies et des sapins sur le bord des tranchées, et chantent des chants de Noël. En face, les Britanniques répondent en chantant.
Puis on s'interpelle, et des hommes sortent, sans armes, dans le no man's land. Ils échangent du tabac, de l'alcool, de la nourriture, des boutons d'uniforme. Ils enterrent ensemble leurs morts. On estime qu'environ 100 000 soldats britanniques et allemands participent à ces trêves improvisées. Des Français aussi, en moindre nombre.
Et le football ? Des témoignages en parlent. Mais sur un terrain labouré par les obus, les vrais matchs étaient difficiles. Plus probablement : des parties improvisées, parfois avec une boîte de conserve en guise de ballon. L'historien Mike Dash en a trouvé des traces à au moins trois ou quatre endroits du front.
Les états-majors, eux, n'ont pas apprécié. Pour Noël 1915, les ordres se durcissent pour l'empêcher. Quelques trêves locales ont encore lieu, mais plus jamais à cette échelle.
À Noël, ou lors d'un match de foot France-Allemagne ou Angleterre-Allemagne.
Idées reçues
Ce qu'on raconte sur cette histoire, et ce qui est vrai.
« Le pape Benoît XV a obtenu la trêve de Noël 1914. »
Le 7 décembre 1914, le pape demande bien aux belligérants une trêve pour Noël. Mais faute d'unanimité (la France, notamment, refuse), l'appel échoue. Les trêves du front naissent ensuite d'initiatives de soldats, sans aucun ordre.
On ne sait pas qui a lancé l'idée ; elle s'appuie sur un vrai appel du pape, lancé moins de trois semaines avant Noël. Des sites catholiques présentent encore Benoît XV comme « le pape derrière la trêve », tout en reconnaissant que les fraternisations furent spontanées.
« Les fraternisations de Noël 1914 n'étaient qu'anglo-allemandes : les Français n'y ont pas pris part. »
Elles ont surtout eu lieu dans le secteur britannique, mais des soldats français ont aussi fraternisé, en Artois, en Argonne, dans l'Aisne ou la Somme. Le soldat Gustave Berthier raconte ainsi, près de Bully-les-Mines, des échanges de journaux, de tabac et de cigares.
Les témoignages français sont plus rares, et le commandement a vite réprimé ces gestes : dès le 7 décembre, le lieutenant Charles de Gaulle jugeait « lamentable » l'envie de ses hommes de laisser l'ennemi en paix. En 2011 encore, Smithsonian écrivait que les récits de la trêve ne concernent que Britanniques et Allemands.
« La trêve de Noël 1914 a fait taire les armes sur tout le front. »
Elle a été très inégale : même chez les Britanniques, certains secteurs n'y ont presque pas participé. Ailleurs, on s'est battu : la Commonwealth War Graves Commission commémore environ 79 soldats de l'Empire britannique morts en France et en Belgique le jour de Noël 1914.
On ne sait pas qui a lancé l'idée d'une paix générale. Elle est assez répandue pour que l'Imperial War Museum et la CWGC prennent la peine de la corriger : la trêve « n'a pas été observée partout », et ailleurs « les combats ont continué ».
- Christmas truce — Wikipedia
- The Real Story Of The Christmas Truce Of 1914 — Imperial War Museums
- The Story of the WWI Christmas Truce — Smithsonian Magazine
- Peace in No Man's Land? The truth behind the Christmas Truce — Commonwealth War Graves Commission
- Trêves de Noël et fraternisations — Archives départementales du Pas-de-Calais
- World War I Christmas Truce of 1914: What Really Happened — Time
- New evidence of First World War Christmas truces uncovered — University of Aberdeen
- It was German soldiers who made first move in the Christmas Truce — The Conversation
- Legends, myths and realities: the Christmas Truce, 1914 — The Long, Long Trail