Le Tour de France, enfant de l'affaire Dreyfus
Sans l'affaire Dreyfus, il n'y aurait peut-être pas de Tour de France. Et le maillot jaune a sans doute la couleur d'un journal.
Fin du XIXᵉ siècle. Le grand quotidien sportif, Le Vélo, prend la défense du capitaine Dreyfus. Furieux, des industriels antidreyfusards, dont le comte de Dion, fondent en 1900 un journal concurrent : L'Auto-Vélo. Il perd un procès sur son nom et devient L'Auto en 1903. Et il peine à décoller.
Son rédacteur en chef, Henri Desgrange, cherche un coup d'éclat. Un jeune journaliste, Géo Lefèvre, propose une idée folle : une course cycliste autour de la France. Six étapes, 2 428 kilomètres, plus de 400 km par étape, souvent courus de nuit. 60 coureurs au départ, 21 à l'arrivée.
Le pari paie : les ventes de L'Auto passent de 25 000 à 65 000 exemplaires. Le Vélo disparaît peu après.
Le maillot jaune arrive en 1919, sans doute aux couleurs du papier jaune de L'Auto. Le premier à le porter, Eugène Christophe, le détestait : sur son passage, le public imitait le canari.
Vrai ou faux ?
Il n'apparaît qu'en 1919, seize ans après la première édition.
C'est l'explication la plus probable. Autre version : le jaune était peu demandé, et c'était la seule couleur disponible rapidement.
Près de trois heures d'avance : c'est toujours le plus grand écart de l'histoire du Tour.
En juillet, devant une étape du Tour. Ou quand on parle de marketing : le plus grand événement sportif français est né d'une guerre de journaux.