L'« oie d'épicéa » géante était en bouleau et n'a volé qu'une fois
Pourquoi aujourd'hui ? Le 2 novembre 1947, le milliardaire Howard Hughes a fait décoller dans le port de Long Beach, en Californie, son hydravion géant, qui n'a jamais volé une seconde fois.
En 1947, un milliardaire américain fait décoller un hydravion géant de près de 98 mètres d'envergure. Il ne le fera plus jamais voler, mais il le gardera prêt à partir pendant près de trente ans.
Le 2 novembre 1947, dans le port de Long Beach, en Californie, un hydravion gigantesque glisse sur l'eau. À bord, des ingénieurs, des membres d'équipage et des journalistes. Aux commandes, Howard Hughes, milliardaire, aviateur et producteur de cinéma.
L'appareil s'appelle officiellement H-4 Hercules. Il mesure près de 98 mètres d'envergure, et ses huit moteurs de 3 000 chevaux chacun sont censés le porter.
Cet avion est né de la guerre. En 1942, les sous-marins allemands coulent tant de cargos dans l'Atlantique que l'industriel Henry Kaiser imagine un « cargo volant », hors de portée des torpilles. Hughes dessine l'appareil, prévu pour emporter 750 soldats, et même des chars.
Problème : l'aluminium est réservé à l'armement. Hughes construit donc son géant en bois, du contreplaqué de bouleau collé en couches, selon un procédé qu'il appelle Duramold. La guerre se termine avant que l'avion soit prêt.
Reste un appareil qui a déjà coûté 23 millions de dollars. En août 1947, Hughes est convoqué par une commission du Sénat américain qui enquête sur l'argent public dépensé pendant la guerre. Il y défend son avion, alors que la guerre est finie et que rien n'a été livré.
Trois mois plus tard, à Long Beach, il lance l'appareil pour ce qui doit être un simple essai de roulage. Les huit moteurs hurlent, la coque quitte l'eau, et l'hydravion reste en l'air une trentaine de secondes, à faible hauteur au-dessus de l'eau. Puis il se repose sur l'eau.
Les journalistes ont déjà trouvé un surnom : « Spruce Goose », l'« oie d'épicéa ». Hughes déteste ce nom, et il a raison de s'en méfier : l'avion est presque entièrement en bouleau.
Le surnom ment sur la matière : l'oie d'épicéa est en bouleau. Quant à l'avion, il n'a jamais volé une seconde fois, mais Hughes l'a fait entretenir dans un hangar climatisé jusqu'à sa mort en 1976, prêt à reprendre l'air.
Au prochain avion qui vous impressionne, demandez à quelqu'un combien de fois l'« oie d'épicéa » géante de Howard Hughes a décollé.
Idées reçues
Ce qu'on raconte sur cette histoire, et ce qui est vrai.
« L'avion de Howard Hughes surnommé Spruce Goose, l'« oie d'épicéa », était construit en épicéa. »
L'appareil est presque entièrement en bouleau, du contreplaqué collé en couches par le procédé Duramold, précise le musée Evergreen, qui l'expose.
Le surnom a été donné par un journaliste de l'époque, et Hughes le détestait, raconte le magazine Military History. Il a collé parce qu'il sonne bien en anglais et que l'avion était en bois, même si ce bois n'était pas de l'épicéa.
« Le 2 novembre 1947, le Spruce Goose a volé à 21 mètres de hauteur sur 1,6 kilomètre. »
Ces chiffres (70 pieds, un mile) sont souvent repris, mais les sources divergent : le musée Evergreen, où l'avion est exposé, parle d'environ 25 pieds (7,6 mètres), d'une trentaine de secondes et d'un peu moins d'un demi-mile.
Les chiffres de 70 pieds et d'un mile sont donnés par History.com et par l'ASME, la société américaine des ingénieurs mécaniciens, puis repris par Wikipédia. Le musée Evergreen, qui conserve l'avion, donne des valeurs plus modestes.
- The Spruce Goose — Evergreen Aviation & Space Museum
- The Spruce Goose Lands — Smithsonian Institution Archives
- Howard Hughes Flying Boat, HK-1 (Landmark n° 219) — ASME
- Howard Hughes' Spruce Goose flies — History.com
- The Spruce Goose: back to the drawing board — Military History
- Howard Hughes testifying before the Senate War Investigating Committee, 1947 — UNLV Special Collections
- Hughes H-4 Hercules — Wikipédia (complément)