Santos-Dumont, la course contre la montre qui finit au poignet
Pourquoi aujourd'hui ? Le 19 octobre 1901, l'aéronaute brésilien Alberto Santos-Dumont contournait la tour Eiffel en dirigeable et remportait le prix Deutsch de la Meurthe.
En 1901, un aéronaute brésilien a trente minutes pour aller contourner la tour Eiffel en dirigeable et revenir. À la clé, 100 000 francs, que le jury refuse d'abord de lui verser.
Samedi 19 octobre 1901, 14 h 42, dans le parc de Saint-Cloud, à l'ouest de Paris. Un dirigeable s'élève, le n° 6. Aux commandes, Alberto Santos-Dumont, un aéronaute brésilien installé à Paris, qui construit et pilote ses propres engins.
L'enjeu s'appelle le prix Deutsch. Henry Deutsch de la Meurthe, un industriel du pétrole qui finance des prix pour faire progresser l'aviation, promet 100 000 francs à qui ira de Saint-Cloud à la tour Eiffel, la contournera et reviendra à son point de départ en trente minutes au plus. C'est l'Aéro-Club de France, un club qu'il a cofondé, qui arbitre le concours.
L'aller se passe bien : avec le vent dans le dos, Santos-Dumont atteint la tour en neuf minutes. C'est au retour que le moteur lâche. Il escalade alors le bord de la nacelle, sans harnais, pour le relancer.
Il passe la ligne d'arrivée au bout d'environ 29 minutes et demie. Dans les temps, croit-il. Mais il faut encore poser le dirigeable et l'amarrer, et cela prend près d'une minute : pour l'Aéro-Club, le chronomètre ne s'arrête qu'à ce moment-là.
À peine descendu, Santos-Dumont lance : « Ai-je gagné le prix ? » Le jury répond que non. La foule et la presse protestent, et Deutsch de la Meurthe lui-même se dit satisfait.
Il faut attendre le 4 novembre pour qu'un vote de l'Aéro-Club lui accorde enfin le prix. L'argent, Santos-Dumont le partage entre ses mécaniciens et les pauvres de Paris.
L'histoire pourrait s'arrêter là. Mais trois ans plus tard, selon le récit habituel, il se plaint à son ami le joaillier Louis Cartier : en vol, une montre de gousset, qu'il faut tirer de sa poche pour lire l'heure, est bien peu pratique. Cartier lui dessine alors une montre plate, à lunette carrée, qui se porte au poignet.
Les 100 000 francs, Santos-Dumont les a donnés. Son nom, lui, est resté sur des milliers de poignets : c'est celui de la montre Santos de Cartier.
Quand un ami jette un œil à sa montre-bracelet : racontez-lui la course d'un dirigeable autour de la tour Eiffel.
Idées reçues
Ce qu'on raconte sur cette histoire, et ce qui est vrai.
« La Santos de Cartier, conçue pour Santos-Dumont, est la première montre-bracelet de l'histoire »
Patek Philippe fabriquait déjà des montres-bracelets pour femmes avant elle, rappelle Rescapement, un site consacré à l'horlogerie. La Santos, mise en production en 1911, est seulement présentée comme l'une des premières montres-bracelets pour hommes.
Le site américain Gear Patrol écrit que, première montre-bracelet ou non, c'était à coup sûr « la première montre de pilote ». Rescapement, lui, la présente comme la première montre-bracelet pour hommes.
« En 1901, Santos-Dumont a fait le tour de la tour Eiffel en ballon »
Son n° 6 est un ballon dirigeable : il a un moteur et se pilote depuis une nacelle. Ce n'est pas un ballon libre, qui se laisse emporter par le vent.
Les auteurs anglophones appellent souvent l'engin « Balloon No. 6 ». En 1976 encore, le magazine américain Sports Illustrated titrait sur un homme qui avait fait le tour de la tour Eiffel « en ballon » (« sailing a balloon around the Eiffel Tower »).
- Alberto's Big Race — Smithsonian Magazine (Air & Space)
- A Fall Guy Became a Hero by Sailing a Balloon Around the Eiffel Tower — Sports Illustrated Vault
- Santos-Dumont No. 6 — Wikipédia
- Alberto Santos-Dumont — Wikipédia
- Cartier (jeweler) — Wikipédia
- Cartier Santos: A Brief History — Rescapement
- Important early Cartier men's watches — aBlogtoWatch
- Watches You Should Know: Cartier Santos — Gear Patrol
- Henri Deutsch de la Meurthe — Wikipédia