Une balle dans la poitrine, Roosevelt monte quand même à la tribune
Pourquoi aujourd'hui ? Le 14 octobre 1912, l'ancien président américain, alors candidat à un nouveau mandat, est touché par une balle devant son hôtel.
Theodore Roosevelt a une balle dans la poitrine, et il monte quand même sur scène. Avant de parler, il demande le silence : il a quelque chose à annoncer.
Il est un peu plus de 20 heures, ce 14 octobre 1912, quand Theodore Roosevelt sort de l'hôtel Gilpatrick, à Milwaukee. L'ancien président brigue un nouveau mandat sous les couleurs du Parti progressiste, surnommé « Bull Moose ». Debout dans sa voiture ouverte, il salue la foule ; à quelques pas, John Schrank tire.
La balle traverse son manteau, un étui à lunettes en métal et les cinquante pages de discours pliées dans sa poche. Roosevelt porte un doigt à ses lèvres : pas de sang, donc pas de poumon touché. Ses proches réclament l'hôpital ; lui répond qu'il ira d'abord à la salle faire son discours.
Arrivé sur l'estrade, il lance : « Mes amis, je vous demande d'être aussi silencieux que possible. Je ne sais pas si vous comprenez bien que je viens de recevoir une balle, mais il en faut plus pour tuer un Bull Moose. » Puis il parle près d'une heure, davantage selon certains récits.
Les médecins ont jugé plus risqué de retirer la balle que de la laisser : elle est restée dans sa poitrine jusqu'à sa mort, en 1919. Ce soir-là, un étui à lunettes et un discours trop long l'avaient freinée assez pour qu'il puisse finir de parler.
Quand quelqu'un soupire qu'un discours n'en finit pas : en 1912, celui de Roosevelt a ralenti une balle.
Idées reçues
Ce qu'on raconte sur cette histoire, et ce qui est vrai.
« Le discours de 50 pages a arrêté à lui seul la balle tirée sur Theodore Roosevelt en 1912 »
Le discours a freiné la balle sans l'arrêter : elle s'est logée contre une côte. Selon Hektoen International, le manteau, l'étui à lunettes en métal, la chemise, la paroi du thorax et surtout cette côte ont joué autant que le papier.
Smithsonian Magazine résume l'idée dans son titre, « The Speech That Saved Teddy Roosevelt's Life » ; la revue médicale Hektoen International la discute en 2020 sous le titre « Did a Speech Really Save His Life? ».
« John Schrank, l'homme qui a tiré sur Theodore Roosevelt en 1912, disait agir sur ordre du fantôme de William McKinley »
Schrank a raconté que le fantôme du président McKinley, assassiné en 1901, lui était apparu en rêve pour désigner Roosevelt comme son meurtrier. Examiné par cinq psychiatres, il a été interné dans un asile du Wisconsin, où il est mort en 1943, selon Smithsonian Magazine.
L'histoire a l'air d'une légende ajoutée après coup ; elle vient pourtant des déclarations de Schrank lui-même, rapporte la Wisconsin Historical Society, qui ajoute qu'il voulait aussi empêcher un troisième mandat.
- The Speech That Saved Teddy Roosevelt's Life — Smithsonian Magazine
- Theodore Roosevelt Survived an Assassination Attempt Because a Speech Tucked Inside His Pocket Slowed the Bullet — Smithsonian Magazine
- Shot in the Chest 100 Years Ago, Teddy Roosevelt Kept on Talking — History.com
- Theodore Roosevelt Shot in Milwaukee — Wisconsin Historical Society
- Teddy Roosevelt: Did a Speech Really Save His Life? — Hektoen International
- The glasses case that saved Teddy Roosevelt's life goes on display in North Dakota — Popular Science