Les « principes de Peel », une charte que Peel n'a jamais écrite
Pourquoi aujourd'hui ? Le 29 septembre 1829, les agents de la toute nouvelle Metropolitan Police commençaient leurs patrouilles dans les rues de Londres.
Des manuels de police les présentent comme la charte de la police moderne, signée par le fondateur de la police de Londres. Ces neuf principes ont pourtant un défaut : on ne les trouve nulle part sous sa plume.
En 1829, le ministre de l'Intérieur britannique, Robert Peel, fait voter la loi qui crée la Metropolitan Police, la police de Londres. Le 29 septembre, ses premiers agents commencent leurs patrouilles. On les surnomme vite les « peelers » ou les « bobbies », Bobby étant le diminutif de Robert.
Pour ne pas ressembler à des soldats, les agents portent un chapeau haut-de-forme et n'ont pas d'arme à feu : seulement une matraque et une crécelle pour donner l'alerte. Le public s'en méfie pourtant : beaucoup y voient un nouvel outil de contrôle de l'État, et les premiers agents sont insultés et agressés.
Les premiers commissaires, Charles Rowan et Richard Mayne, font distribuer des instructions aux agents : le but principal y est « la prévention du crime ». Au XXe siècle, neuf « principes de Peel » se répandent dans les manuels, dont une formule célèbre : « la police, c'est le public, et le public, c'est la police ».
Peel en a défendu l'esprit dans ses discours, mais cette liste de neuf principes ne figure dans aucun de ses textes : elle apparaît dans un livre de l'historien britannique Charles Reith, paru en 1948. En 2007, deux chercheurs américains, Susan Lentz et Robert Chaires, ont conclu qu'ils étaient en grande partie une invention des auteurs de manuels du XXe siècle.
Idées reçues
Ce qu'on raconte sur cette histoire, et ce qui est vrai.
« La Metropolitan Police, créée à Londres en 1829 par Robert Peel, est la première police moderne du monde. »
Londres avait déjà une police professionnelle depuis 1798 : la Marine Police de Patrick Colquhoun et John Harriott, qui surveillait le port. Glasgow a créé la sienne en 1800, et Paris avait une lieutenance de police depuis 1667.
Les manuels anglo-saxons de police présentent la Met comme « la première police moderne ». L'idée a collé parce qu'elle a servi de modèle dans tout l'Empire britannique et aux États-Unis, éclipsant les polices plus anciennes.
« Les policiers londoniens, les “bobbies”, n'ont jamais porté d'armes à feu. »
En 1884, après la mort de plusieurs policiers, le ministère de l'Intérieur commande environ 1 000 revolvers, confiés à leur demande aux agents de ronde de nuit en périphérie. En 1920, le ministre de l'Intérieur, Edward Shortt, confirme aux Communes qu'un agent en mission dangereuse peut en recevoir un s'il le demande.
Le port d'arme restait exceptionnel et facultatif, et beaucoup d'agents refusaient le revolver. L'image du bobby armé de sa seule matraque est devenue un symbole national.
« Scotland Yard, le siège de la police de Londres, doit son nom à l'Écosse. »
Il doit d'abord son nom à une rue : en 1829, le premier siège de la police, au 4 Whitehall Place, avait son entrée publique à l'arrière, sur Great Scotland Yard, et ce nom a fini par désigner la police elle-même.
Pour le nom de la rue, la police de Londres avance deux hypothèses : un propriétaire médiéval, Adam Scott, ou un terrain où logeaient les rois d'Écosse en visite. Elle ne tranche pas, mais la version royale, plus pittoresque, est la plus racontée.
Quand quelqu'un cite une « règle d'or » attribuée à un grand nom, sans source. Ou en croisant un bobby à Londres.
- Metropolitan Police — UK Parliament (Living Heritage)
- A history of the Metropolitan Police: From 1829 to today — London Museum
- Bobby — Encyclopaedia Britannica
- Bobbies and Peelers: The Metropolitan Police Act of 1829 — Adam Matthew Digital
- Invention of Peel's Principles: A Study of Policing Textbook History (Lentz et Chaires, 2007) — Office of Justice Programs (ministère américain de la Justice)
- Notes on “Peel's” Principles of Policing — Peter Moskos (John Jay College)
- Thames River Police — Encyclopaedia Britannica
- Police Carrying Arms, 1er décembre 1920 — Hansard (UK Parliament)
- Why Metropolitan Police called Scotland Yard (réponse officielle, 2024) — Metropolitan Police