La moisissure qui a changé la médecine
L'une des plus grandes découvertes de la médecine moderne est née d'un labo mal rangé avant les vacances.
Londres, été 1928. Alexander Fleming, bactériologiste à l'hôpital St Mary's, part en vacances en laissant sur sa paillasse des boîtes de culture de staphylocoques.
Retour le 3 septembre. Une boîte a été contaminée par une moisissure bleu-vert. Autour d'elle, les bactéries ne poussent plus. Fleming parle d'abord de « jus de moisissure », puis la baptise pénicilline.
Mais il est bactériologiste, pas chimiste. Son équipe n'arrive pas à l'isoler, son article passe presque inaperçu, et la piste piétine pendant près de dix ans. C'est à Oxford, à partir de 1939, qu'Howard Florey et Ernst Chain en font enfin un médicament.
Février 1941, premier malade soigné à Oxford avec la pénicilline purifiée : un policier, gravement infecté. Très vite, il va mieux. Mais le produit est si rare qu'on récupère la pénicilline dans ses urines pour la réinjecter. Au bout de cinq jours, le stock est épuisé. Il meurt en mars. En 1945, le Nobel est partagé entre les trois hommes.
Quand quelqu'un s'excuse de son bureau en désordre.
Idées reçues
Ce qu'on raconte sur cette histoire, et ce qui est vrai.
« Alexander Fleming, ou son père, a sauvé Winston Churchill. »
Aucune trace d'un Churchill enfant sauvé de la noyade par un Fleming, et Churchill, sept ans plus âgé qu'Alexander, a été soigné de sa pneumonie de 1943 avec un sulfamide, pas avec de la pénicilline. Les études de Fleming ont été payées par l'héritage d'un oncle.
L'histoire paraît en décembre 1944 dans le magazine américain Coronet, sous le titre « Dr. Lifesaver ». Elle circule encore sur Internet, selon l'International Churchill Society.
« La moisissure de Fleming est entrée par une fenêtre ouverte. »
Personne ne le sait. L'hypothèse la plus souvent retenue est qu'une spore est montée du laboratoire de mycologie de C. J. La Touche, installé juste à l'étage du dessous, où l'on cultivait des moisissures sans hotte aspirante.
Fleming lui-même a varié : la fenêtre en 1945, une spore venue « je ne sais d'où » en 1946. C'est son collègue Ronald Hare qui a proposé, en 1970, la piste du labo du dessous.
« Albert Alexander, le policier soigné en 1941 à Oxford avec la toute nouvelle pénicilline, s'était infecté en se griffant à un rosier. »
Il avait été blessé au visage par des éclats lors d'un bombardement allemand sur Southampton, le 30 novembre 1940. Sa fille puis sa petite-fille l'ont confirmé.
L'histoire du rosier a dominé la littérature scientifique pendant des décennies, et on la lit encore sur des sites d'Oxford. Sa famille y voit un reste de propagande de guerre, destiné à taire les blessés des bombardements.
- Sir Alexander Fleming Twice Saved Churchill's Life (mythe) — International Churchill Society
- Did Alexander Fleming's Father Save Winston Churchill from Drowning? — Snopes
- September 3, 1928: Alexander Fleming Finds Penicillin — Britannica
- Guns, not roses: the true story of penicillin's first patient — The Conversation
- Albert Alexander: Unsung hero of penicillin — Hektoen International
- The Penicillin Myth — Asimov Press
- Sir Alexander Fleming, Questions and answers — NobelPrize.org
- Honour for Sheffield pioneer whose work paved the way for one of medicine's most important discoveries — University of Sheffield