Peanuts, le titre que Charles Schulz n'a jamais aimé
Pourquoi aujourd'hui ? Le 2 octobre 1950, la première bande de Charles M. Schulz paraissait dans sept journaux américains.
Charlie Brown, Snoopy et leurs amis ont conquis des centaines de millions de lecteurs sous un nom que leur créateur n'avait pas choisi. Et qu'il a traîné comme un caillou dans sa chaussure pendant des décennies.
De 1947 à 1950, le jeune dessinateur Charles M. Schulz publie une petite bande, Li'l Folks, dans un journal de Saint Paul, dans le Minnesota. En 1950, l'agence United Feature Syndicate accepte de la diffuser dans tout le pays, à une condition : changer de titre, jugé trop proche d'autres bandes existantes.
Schulz propose « Charlie Brown », mais l'agence choisit « Peanuts », clin d'œil à la « peanut gallery », les gradins d'enfants d'une émission de télévision à succès, le Howdy Doody Show. La bande débute le 2 octobre 1950 dans sept journaux, dont le Washington Post et le Chicago Tribune. Dans la toute première, un garçon regarde passer Charlie Brown : « Ce bon vieux Charlie Brown… Comme je le déteste ! »
Schulz dessine seul, à la main, 17 897 bandes en près de cinquante ans. À la fin, Peanuts paraît dans plus de 2 600 journaux de 75 pays. La dernière bande originale est publiée le 13 février 2000.
Selon Schulz, l'agence a choisi ce nom au hasard, sans même regarder ses dessins. « Je voulais une bande qui ait de la dignité et de l'importance », expliquait-il au magazine TIME en 1965 : « Peanuts » la rendait, selon lui, insignifiante.
Quand quelqu'un rate encore son coup, comme Charlie Brown devant le ballon. Ou quand on vous impose un nom de projet que vous n'aimez pas.
Idées reçues
Ce qu'on raconte sur cette histoire, et ce qui est vrai.
« Charles Schulz est mort la veille de la parution de sa dernière planche de Peanuts. »
Il meurt dans son sommeil le 12 février 2000 au soir, chez lui à Santa Rosa, en Californie. Sa dernière planche du dimanche, où Snoopy tape ses adieux à la machine, paraît le lendemain matin.
Cela ressemble à une fin de film, d'où le doute. C'est pourtant une coïncidence : Schulz avait annoncé sa retraite le 14 décembre 1999 pour raisons de santé, et la planche d'adieu était prête depuis des semaines.
« Après la mort de Charles Schulz, d'autres dessinateurs ont continué Peanuts. »
Aucune nouvelle planche n'a été dessinée : son contrat prévoyait que la bande s'arrêterait avec lui, une clause voulue par ses enfants. Les journaux publient depuis des rediffusions.
Peanuts paraît toujours dans les journaux, et d'autres séries célèbres ont survécu à leur auteur : on imagine une équipe qui a pris le relais. Les dessins animés et le film de 2015 sont des adaptations, pas la bande.
« Snoopy, c'est le chien que Charles Schulz avait enfant. »
Snoopy s'inspire librement de Spike, le chien noir et blanc de la famille Schulz vers 1934. Le premier dessin publié de Schulz, en 1937 dans « Believe It or Not! » de Ripley, le représentait.
Schulz a raconté lui-même l'histoire, et en la résumant on a fait de « inspiré de » un « c'est ». Le nom du vrai chien est d'ailleurs resté : Spike est le frère de Snoopy dans la bande.
« Dans Peanuts, on n'a jamais vu la petite fille rousse dont Charlie Brown est amoureux. »
Dans la bande, elle reste invisible depuis sa première mention, en 1961, sauf une silhouette en 1998. À la télévision, on la voit dès 1977.
Schulz jugeait que le lecteur l'imaginerait mieux qu'il ne pourrait la dessiner. Elle s'inspire de Donna Mae Johnson, une collègue de l'école où il travaillait à Minneapolis, qui avait refusé de l'épouser en 1950.
- Frequently Asked Questions — Charles M. Schulz Museum
- How the Beloved 'Peanuts' Found Its Way to Define the Modern Comic Strip — Smithsonian Magazine
- 'Peanuts' Creator Charles Schulz Didn't Like the Classic Comic's Name — TIME
- Peanuts Comic Strip Debut October 2, 1950 — TIME
- Li'l Folks — Wikipédia (en anglais)
- Schulz Biography — Charles M. Schulz Museum
- Charles Schulz at 100: the Peanuts legacy — NPR
- The Little Red-Haired Girl — Charles M. Schulz Museum