Le pays qui parle toujours en premier à l'ONU
Chaque année, à l'Assemblée générale de l'ONU, c'est le même pays qui ouvre le bal : le Brésil. Pas grâce à une règle. Parce qu'au début, personne d'autre ne voulait y aller.
Chaque mois de septembre, les dirigeants du monde entier se succèdent à la tribune de l'ONU, à New York. 193 pays, une semaine de discours. Et depuis 1955, le premier à parler est presque toujours brésilien : seules exceptions, 1983 et 1984.
Le Brésil n'est pourtant ni membre permanent du Conseil de sécurité, ni premier dans l'ordre alphabétique, ni pays hôte. Aucun règlement ne lui donne ce privilège. L'explication vient du chef du protocole de l'ONU : aux tout débuts de l'organisation, personne ne voulait ouvrir le débat. Le Brésil se portait toujours volontaire. La place lui est restée.
Depuis, une seule autre place est réservée : la deuxième, pour les États-Unis, pays hôte. Pour tous les autres, l'ordre est une affaire de protocole. Et une consigne vaut pour tous : pas plus de 15 minutes à la tribune.
Une consigne pas toujours respectée. Le 26 septembre 1960, Fidel Castro rassure la salle : « Nous ferons de notre mieux pour être brefs. » Il parlera 269 minutes. Près de quatre heures et demie : un record jamais battu à l'Assemblée générale.
Chaque année en septembre, quand l'ONU fait l'actualité. Et en réunion, dès que quelqu'un promet d'« être bref ».
Idées reçues
Ce qu'on raconte sur cette histoire, et ce qui est vrai.
« En 1960, Nikita Khrouchtchev a tapé sa chaussure sur la tribune de l'Assemblée générale de l'ONU. »
L'incident, le 12 octobre 1960, à la même session que le discours-fleuve de Castro, a eu lieu à son pupitre de délégué, pas à la tribune, pendant le discours du Philippin Lorenzo Sumulong. Il a brandi sa chaussure ; l'a-t-il frappée sur la table ? Les témoins divergent, et aucune photo authentique ne le montre.
Le New York Times du lendemain écrit qu'il a « frappé la chaussure sur son bureau ». Mais son biographe William Taubman a recueilli des témoins affirmant l'inverse, comme un responsable photo du magazine Life : « Aucun de nous n'a raté la photo […]. La scène n'a jamais eu lieu. »
« Le discours de Fidel Castro, en 1960, est le plus long de l'histoire de l'ONU. »
C'est le plus long discours chronométré de l'Assemblée générale : 269 minutes. Mais l'Indien V. K. Krishna Menon a parlé environ huit heures devant le Conseil de sécurité, les 23 et 24 janvier 1957, en trois séances, sur la question du Cachemire.
Beaucoup d'articles titrent sur « le plus long discours de l'histoire de l'ONU ». La bibliothèque Dag Hammarskjöld de l'ONU distingue pourtant les deux records : Castro pour l'Assemblée générale, Menon, reconnu par le Guinness World Records, pour l'ONU tout entière.
« Le Brésil parle en premier à l'ONU en hommage à Oswaldo Aranha, qui présidait l'Assemblée générale en 1947. »
Le diplomate brésilien a bien présidé l'Assemblée générale en 1947. Mais la bibliothèque de l'ONU fait remonter l'habitude brésilienne à 1955, huit ans plus tard, et le protocole de l'ONU l'explique par le volontariat du Brésil, pas par un hommage.
Cette piste circule dans des médias brésiliens, comme Brasil Paralelo, qui la présentent comme l'une des « trois théories » (avec celle d'un lot de consolation pour un siège permanent refusé au Conseil de sécurité). L'ONU ne la reprend pas.
- Why Brazil speaks first, and all your other questions on the UN General Assembly — Quartz
- Stories from the UN Archive: Cuba's longest 'brief' speech at UN — UN News
- What is the longest speech given at the United Nations? — UN Ask DAG
- UN General Assembly 2026: when is it, who is speaking — Al Jazeera
- General Debate — UN General Assembly Documentation, Dag Hammarskjöld Library (ONU)
- Oswaldo Aranha, President of the second session — United Nations
- Por que o Brasil é o primeiro a falar na ONU? A resposta pode estar entre três teorias — Brasil Paralelo
- The curious case of the Khrushchev shoe (2015) — PolitiFact
- Khrushchev Loses His Cool — Top 10 U.N. General Assembly Moments — TIME