OK, une blague de journaliste
« OK », le mot que vous dites cent fois par jour, est né d'une faute d'orthographe volontaire.
Boston, années 1830. Dans les journaux, c'est la mode : on abrège des expressions en les écrivant exprès de travers, comme on met des emojis aujourd'hui. « KG » pour know go (au lieu de no go), « OW » pour oll wright (all right).
Le 23 mars 1839, un rédacteur du Boston Morning Post écrit « o.k. », pour « oll korrect », une façon rigolote d'écrire all correct. La mode aurait dû mourir comme les autres.
Mais en 1840, le président Martin Van Buren fait campagne pour sa réélection. Son surnom : Old Kinderhook, du nom de sa ville natale. Ses partisans créent des « OK Clubs ». Le mot est partout.
Van Buren perd l'élection. Le mot, lui, a gagné la planète.
Quand quelqu'un râle contre les abréviations des ados. Les leurs ont près de 190 ans d'avance.
Idées reçues
Ce qu'on raconte sur cette histoire, et ce qui est vrai.
« OK veut dire « 0 killed », zéro tué, un code des rapports militaires. »
« OK » est imprimé pour la première fois à Boston le 23 mars 1839, dans un article comique du Boston Morning Post : plus de vingt ans avant la guerre de Sécession et soixante-quinze ans avant la Première Guerre mondiale.
On ne sait pas qui a lancé cette explication. Elle circule en deux versions : des officiers de la guerre de Sécession, ou des tranchées de 1914-1918, auraient noté « 0 killed » dans leurs bilans de pertes. Aucun document ne l'appuie.
« OK vient du choctaw « okeh », qui veut dire « c'est ainsi ». »
Aucun texte ne montre ce passage du choctaw à l'anglais. Dans les années 1960, le chercheur Allen Walker Read retrouve l'article de 1839 et établit l'origine « oll korrect », aujourd'hui admise par les dictionnaires.
L'hypothèse avait un défenseur de poids : le président Woodrow Wilson, qui écrivait « okeh » sur les documents qu'il approuvait, jugeant « OK » fautif. Elle a longtemps tenu : le chanteur Pete Seeger l'a même reprise dans une chanson.
« OK vient d'Andrew Jackson, un président si mauvais en orthographe qu'il écrivait « oll korrect ». »
Jackson n'y est pour rien : le mot est une plaisanterie de journaliste bostonien de 1839, à la mode des abréviations volontairement mal écrites.
C'est une attaque de la campagne de 1840. Pour ridiculiser Van Buren, le New York Morning Herald raconte que son mentor, Andrew Jackson, validait les papiers d'un « O.K. » en croyant que « oll korrect » s'écrivait ainsi. La calomnie a survécu à l'élection.
- OK — Wikipedia
- How One Man Discovered the Obscure Origins of the Word 'OK' — Smithsonian Magazine
- The Hilarious History of 'OK' — Merriam-Webster
- How 'OK' Became America's Favorite Word — History.com
- OK, is Martin Van Buren responsible for the tiny word that punches above its weight? — NPR
- Marins grecs, guerre de Sécession ou faute d'orthographe... D'où vient le mot « ok » ? — Europe 1
- Okay — meaning and origin — The Phrase Finder