Napoléon n'était pas petit
Napoléon, le « petit » Corse ? Il était dans la moyenne de son époque. Sa petite taille vient d'une erreur de conversion et de caricaturistes anglais.
Napoléon mesurait environ 1,57 m et compensait sa petite taille par ses conquêtes.
À sa mort, on le mesure : 5 pieds, 2 pouces et 4 lignes. En unités françaises. Or le pouce français fait environ 2,7 cm, contre 2,54 cm pour le pouce anglais.
Lu à l'anglaise, « 5 pieds 2 » donne à peu près 1,57 m. Correctement converti : environ 1,69 m. Une autre mesure, prise par un Anglais, donne d'ailleurs 5 pieds 7 pouces anglais, soit 1,70 m.
Mais à partir de 1803, les caricaturistes britanniques, James Gillray en tête, le dessinent minuscule face à des adversaires géants. Et autour de lui, les grenadiers coiffés de hauts bonnets à poil n'arrangent rien.
Deux siècles plus tard, on parle encore de « complexe de Napoléon ». Les études hésitent : en 2007, une expérience britannique trouve les grands plus prompts à s'emporter que les petits ; en 2018, une étude néerlandaise voit les petits garder davantage pour eux dans un jeu de partage.
Quand quelqu'un parle de « complexe de Napoléon ».
Idées reçues
Ce qu'on raconte sur cette histoire, et ce qui est vrai.
« Le surnom de « petit caporal » vient de la petite taille de Napoléon. »
Ses soldats le lui donnent après la bataille du pont de Lodi, le 10 mai 1796, pour saluer son courage au feu. « Petit » y est affectueux : ce n'est pas une mesure.
Le surnom a été pris au pied de la lettre. Britannica le range, avec les caricatures anglaises et les on-dit, parmi ce qui a installé l'image d'un empereur minuscule.
« Napoléon est mort empoisonné à l'arsenic à Sainte-Hélène. »
Ses cheveux contiennent bien beaucoup d'arsenic. Mais en 2008, des physiciens italiens trouvent le même taux dès son enfance en Corse, et des taux semblables chez son fils, le roi de Rome, et chez sa première épouse, Joséphine : une exposition courante à l'époque, pas un empoisonnement. L'autopsie décrivait un estomac rongé par un ulcère cancéreux, la piste privilégiée.
La thèse vient du dentiste suédois Sten Forshufvud qui, après avoir lu les mémoires de son valet, publie en 1961 « Napoléon a-t-il été empoisonné ? ». L'homme d'affaires canadien Ben Weider la popularise ensuite de 1978 à la fin des années 1990 dans plusieurs livres.
- La taille de Napoléon — Fondation Napoléon
- Was Napoleon short? — Encyclopaedia Britannica
- Napoléon Bonaparte (“Maniac-ravings – or – Little Boney in a strong fit”), James Gillray, 1803 — National Portrait Gallery
- Scientists disprove “Napoleon complex” — UPI
- The Napoleon Complex: When Shorter Men Take More (Psychological Science, 2018) — Vrije Universiteit Amsterdam
- Bataille du pont de Lodi (10 mai 1796) — Encyclopædia Universalis
- L'empoisonnement de Napoléon — Fondation Napoléon
- Napoleon Death: Arsenic Poisoning Ruled Out — Live Science