Michel-Ange a-t-il peint la Sixtine allongé sur le dos ?
Pourquoi aujourd'hui ? La voûte de la chapelle Sixtine a été inaugurée aux vêpres du 31 octobre 1512 ; le lendemain, jour de la Toussaint, le pape y célébrait la messe : il y a 514 ans.
Pour beaucoup de gens, Michel-Ange a passé quatre ans couché sur le dos, le pinceau levé vers la voûte de la chapelle Sixtine. Lui-même a laissé un témoignage de sa main : un poème, et un petit dessin.
Michel-Ange aurait peint la voûte de la chapelle Sixtine allongé sur le dos.
Rome, le 31 octobre 1512. Le pape Jules II inaugure la voûte de la chapelle Sixtine, à l'occasion des vêpres de la veille de la Toussaint. Le lendemain, 1er novembre, il y célèbre la messe.
La Sixtine est la chapelle du pape, au Vatican. Elle porte le nom de Sixte IV, qui l'a fait rénover et l'a consacrée en 1483, et c'est encore là que se réunit le conclave pour élire un pape.
Sous la voûte, un décor que Michel-Ange vient de terminer. Et il n'avait pas voulu de cette commande : il se voyait comme sculpteur, pas comme peintre. Jules II a insisté, et le contrat est signé le 8 mai 1508.
Pendant quatre ans, de 1508 à 1512, il travaille donc à la fresque, c'est-à-dire sur un enduit encore frais, sous un plafond très haut. L'image qui est restée est celle d'un homme étendu sur le dos. Le film « L'Extase et l'Agonie » (1965), où Charlton Heston joue Michel-Ange, l'a popularisée, selon Artnet et History.com.
Les faits racontent autre chose. Michel-Ange a conçu lui-même son échafaudage, et il peignait debout, le bras en l'air, la tête renversée en arrière. Vasari, son biographe, parle d'un travail fait dans un grand inconfort.
Lui-même s'en plaint dans un sonnet envoyé vers 1509 à son ami Giovanni da Pistoia. Il y raconte qu'il s'est fait un goitre à force de peiner, que sa barbe pointe vers le ciel, que la peinture lui goutte sur le visage, et il finit par écrire qu'il n'est pas peintre.
Dans la marge, il a dessiné un petit croquis à la plume : un homme le cou tendu, le bras dressé vers le haut. Le feuillet est conservé à Florence, dans les archives de la Casa Buonarroti, la maison de sa famille.
Le témoin, c'est Michel-Ange lui-même : dans la marge d'un poème où il râle, il s'est croqué en caricature, le bras en l'air, la nuque renversée. Debout, pas allongé.
Devant une carte postale de la Sixtine, ou au premier film de peintre qui passe, quand quelqu'un imagine Michel-Ange couché sur le dos.
Idées reçues
Ce qu'on raconte sur cette histoire, et ce qui est vrai.
« Michel-Ange a peint le plafond de la chapelle Sixtine allongé sur le dos »
Selon ses biographes Vasari et Condivi, il peignait debout, sur un échafaudage de sa conception, la tête renversée en arrière.
Dès le XVIe siècle, le biographe Paolo Giovio l'imaginait couché, rapporte l'article Wikipédia sur la voûte ; selon History.com et Artnet, le film « L'Extase et l'Agonie » (1965), avec Charlton Heston, a popularisé l'image.
« Michel-Ange a peint seul tout le plafond de la chapelle Sixtine »
La composition est bien la sienne, mais il n'était pas sans aide : Vasari nomme des peintres florentins venus l'assister, et des aides ont travaillé à l'échafaudage, à l'enduit et aux pigments, rappelle un compte rendu du livre de Ross King.
Son élève et biographe Ascanio Condivi écrit en 1553 qu'il a fini la voûte sans aide, « pas même quelqu'un pour broyer les couleurs » ; Vasari raconte aussi qu'il congédia les peintres venus de Florence, ce qui a fixé l'image du génie solitaire.
- La voûte de la chapelle Sixtine — Musées du Vatican
- Histoire de la chapelle Sixtine — Musées du Vatican
- Ma anno fatale fu 1508 — L'Osservatore Romano, Musées du Vatican
- 7 Things You May Not Know About the Sistine Chapel — History.com
- Art Bites : le poème de Michel-Ange sur la Sixtine — Artnet News
- Sonnet « To Giovanni da Pistoia » et caricature, Casa Buonarroti, Archivio Buonarroti XIII, f. 111 — Metropolitan Museum of Art
- Michael Angelo Buonarroti, avec la Vie par Ascanio Condivi (trad. Holroyd) — Project Gutenberg
- Sistine Chapel ceiling — Wikipédia
- Book Review of Michelangelo and the Pope's Ceiling — Texas Woman's University