Mata Hari, fusillée pour des secrets qu'on cherche encore
Pourquoi aujourd'hui ? Le 15 octobre 1917, Mata Hari était fusillée à Vincennes pour espionnage ; son dossier, resté scellé un siècle, a été déclassifié en 2017.
Vincennes, 15 octobre 1917, à l'aube : douze soldats mettent en joue la femme qu'on dit être la pire espionne de la guerre. Un siècle plus tard, son dossier s'ouvre, et on y cherche toujours ce qu'elle aurait livré.
Mata Hari fut la plus grande espionne de la Première Guerre mondiale.
Un peu avant six heures, ce 15 octobre 1917, cinq voitures quittent la prison Saint-Lazare, à Paris, pour Vincennes. Margaretha Zelle, 41 ans, dite Mata Hari, descend devant un champ boueux et douze zouaves en ligne. Un sous-officier lui propose un bandeau. Elle le refuse.
Comment en est-elle arrivée là ? Danseuse néerlandaise criblée de dettes, elle a accepté l'argent d'un consul allemand, qui l'a enregistrée comme agent H21. En 1916, de l'autre côté, le capitaine Ladoux, chef du contre-espionnage français, lui propose de travailler pour la France : la voilà avec un pied dans chaque camp.
Arrêtée le 13 février 1917, elle est jugée en juillet par un conseil de guerre, dans une France secouée par les mutineries. Son dossier est ensuite scellé pour un siècle. Quand l'armée le déclassifie en 2017, les historiens n'y trouvent toujours pas la preuve qu'elle ait livré une information importante.
La légende est née de l'accusation : c'est son procureur, André Mornet, qui l'a présentée au procès comme peut-être la plus grande espionne du siècle. Des années plus tard, le même Mornet a reconnu qu'« il n'y avait pas de quoi fouetter un chat ».
Quand un film ou un livre d'espionnage annonce une « nouvelle Mata Hari », ou quand quelqu'un affuble une collègue de ce surnom.
Idées reçues
Ce qu'on raconte sur cette histoire, et ce qui est vrai.
« Mata Hari a été la plus grande espionne de la Première Guerre mondiale »
Selon Smithsonian Magazine, elle n'a espionné qu'une seule fois, et pour la France. Aucune défaite ni fuite précise n'a jamais pu lui être imputée, note Time, d'après la biographe Pat Shipman.
Selon Smithsonian, le gouvernement français l'a accusée d'être responsable de la mort d'innombrables soldats alliés, faisant d'elle, faute de preuves, le bouc émissaire idéal.
« Mata Hari a envoyé un baiser au peloton avant d'être fusillée »
La scène vient du récit du journaliste Henry Wales, présent à l'exécution ; History.com la donne au conditionnel. Le refus du bandeau, lui, est confirmé par le site mémoriel du ministère des Armées, qui ne parle pas de baiser.
Le récit de Wales a fixé la scène, rapporte Wikipédia ; Fox News la reprenait encore en 2017 parmi les « récits de son exécution ».
- Mata Hari — Chemins de mémoire, ministère des Armées
- Revisiting the Myth of Mata Hari, Sultry Spy and Government Scapegoat — Smithsonian Magazine
- Mata Hari: The Exotic Dancer Who Became WWI's Most Notorious Spy — History.com
- La trágica vida de Mata Hari, fusilada hace 100 años — BBC Mundo (Prensa Libre)
- Dutch expo seeks to unveil the mystery of Mata Hari (AFP, exposition du Fries Museum) — The Jakarta Post
- The True History of Mata Hari — Time
- The Death of Mata Hari — Military History Now
- Mata Hari and the Femme Fatale — Gresham College
- Mata Hari — Wikipedia