La malédiction de Toutânkhamon est née dans les journaux
Pourquoi aujourd'hui ? Le 4 novembre 1922, en Égypte, l'équipe de l'archéologue Howard Carter dégage la première marche de l'escalier qui mène à la tombe du pharaon Toutânkhamon.
Quelques mois après la découverte de la tombe de Toutânkhamon, l'homme qui a payé les fouilles meurt. Pour des journaux restés à la porte, c'est une aubaine.
Le 4 novembre 1922, dans la Vallée des Rois, en Égypte, l'équipe de l'archéologue britannique Howard Carter dégage une première marche taillée dans le sol. C'est le début de la découverte de la tombe de Toutânkhamon.
Les fouilles sont payées par Lord Carnarvon, un riche aristocrate anglais. Il a vendu au Times, grand quotidien de Londres, l'exclusivité des nouvelles de la tombe. Les autres journalistes restent dehors, dans la poussière, sans rien à raconter.
Carnarvon meurt au Caire, le 5 avril 1923. Il a succombé à une infection du sang, après une piqûre de moustique qu'il avait entaillée en se rasant. Pour la presse concurrente, c'est enfin une histoire qui ne dépend pas du Times.
Elle tombe d'autant mieux qu'une romancière à succès, Marie Corelli, a évoqué le sujet environ deux semaines plus tôt. Elle a cité dans la presse un vieux livre, selon lequel un châtiment terrible attend ceux qui violent une tombe scellée. Quand Carnarvon meurt, sa mise en garde refait surface.
Puis les journaux parlent d'une inscription menaçante, qui serait gravée à l'entrée de la tombe. Personne ne l'a jamais retrouvée. L'égyptologue Joyce Tyldesley, de l'université de Manchester, juge très improbable que le pharaon ait fait graver un tel avertissement.
Reste à regarder ce qui est arrivé aux vivants. Howard Carter, le premier concerné, vit jusqu'en 1939, soit seize ans après la mort de Carnarvon. En 2002, un chercheur, Mark Nelson, compare le sort de 44 Occidentaux que Carter avait notés comme présents en Égypte à l'époque.
Les 25 qui ont assisté à des moments clés de l'ouverture, en 1923 et 1926, sont morts en moyenne à 70 ans, et les autres, quand on connaît leur date de décès, à 75 ans. L'étude, parue dans le British Medical Journal, ne trouve aucun lien significatif entre la tombe et la durée de vie.
La malédiction ne vient pas de la tombe : elle s'est écrite dans les journaux, par des reporters que l'exclusivité du Times laissait sans autre sujet. L'avertissement qu'on cite partout, lui, n'a été retrouvé nulle part.
Quand un ami jure que les momies se vengent, demandez-lui où l'avertissement est gravé : on ne l'a jamais trouvé dans la tombe.
Idées reçues
Ce qu'on raconte sur cette histoire, et ce qui est vrai.
« Une inscription menaçante contre les intrus était gravée à l'entrée de la tombe de Toutânkhamon »
Aucune inscription de ce genre n'a été retrouvée dans la tombe. L'égyptologue Joyce Tyldesley juge très improbable que le pharaon en ait fait graver une.
La formule sur « la mort qui vient sur des ailes » est attribuée à la romancière Marie Corelli, d'après l'université de Manchester. La presse a ensuite répété que l'avertissement figurait dans la tombe, et l'idée a collé.
« À la mort de Lord Carnarvon au Caire en 1923, toutes les lumières de la ville se sont éteintes »
Des journaux ont rapporté cette panne. Mais selon Joyce Tyldesley, une coupure de courant n'avait rien d'exceptionnel au Caire à l'époque.
Le détail est apparu dans les récits de presse sur la mort de Carnarvon, d'après l'université de Manchester. Il collait parfaitement à l'histoire de vengeance, donc il a été repris.
- 90th anniversary of the curse of Tutankhamen: how a modern myth was born — University of Manchester
- The mummy's curse: historical cohort study (Nelson, 2002) — BMJ
- Tutankhamun's Curse? — History Today
- Howard Carter — Wikipédia (en)
- Curse of the pharaohs — Wikipedia (en)
- Curse of Tutankhamun's tomb — Ancient Egypt Online
- What Really Killed the Men Who Opened King Tut's Tomb — The Collector