Le disque minuscule dont Toshiba ne savait trop que faire
Pourquoi aujourd'hui ? Le 23 octobre 2001, Steve Jobs présentait à Cupertino un baladeur à disque dur capable, disait Apple, de contenir 1 000 chansons.
En février 2001, en visite chez Toshiba au Japon, un ingénieur d'Apple découvre une petite pièce dont le fabricant ne sait pas trop quoi faire. Lui le sait très bien, et il veut tout ce que l'usine pourra en produire.
Février 2001, au Japon. Jon Rubinstein, qui dirige la conception du matériel chez Apple, rend visite à Toshiba, le groupe d'électronique japonais qui fait partie de ses fournisseurs de composants.
Ses hôtes lui montrent un disque dur tout juste mis au point. C'est un modèle de 1,8 pouce, un boîtier un peu plus petit qu'une carte de visite. Il contient 5 gigaoctets, de quoi garder environ 1 000 chansons au format MP3.
Selon IEEE Spectrum, la revue d'une grande association d'ingénieurs, les gens de Toshiba trouvaient ce disque intéressant sans trop savoir à quoi il pourrait servir. Rubinstein, lui, le sait. Il se dit prêt à acheter tous les disques que Toshiba saura fabriquer.
Reste à construire un baladeur entier autour de ce disque, et en quelques mois. Le projet est lancé en mars, et Steve Jobs veut l'appareil pour Noël. Rubinstein fait venir Tony Fadell, un ingénieur extérieur à Apple, qui monte l'équipe.
Le 23 octobre 2001, à Cupertino, en Californie, où Apple a son siège, Jobs présente l'iPod. Apple le vend avec une promesse simple : 1 000 chansons dans la poche. Prix : 399 dollars.
Une partie de l'accueil est glaciale. Le jour même, Rob Malda, fondateur de Slashdot, le site où se retrouvaient alors les passionnés d'informatique, expédie l'annonce en trois phrases : « Pas de sans-fil. Moins de place qu'un Nomad. Nul. »
Le Nomad, c'est le baladeur à disque dur de Creative, déjà en vente. Et il y a plus gênant : l'iPod ne fonctionne qu'avec un Mac, et les utilisateurs de Windows devront attendre la deuxième génération. Le pari est loin d'être gagné.
Un disque dont son fabricant ne savait trop que faire est devenu le cœur d'un appareil vendu à 100 millions d'exemplaires en six ans.
Quand quelqu'un affirme qu'une nouveauté n'a aucun avenir, ou quand un vieux baladeur ressort d'un tiroir.
Idées reçues
Ce qu'on raconte sur cette histoire, et ce qui est vrai.
« L'iPod, présenté par Apple en octobre 2001, était le premier baladeur MP3 »
Le MPMan, fabriqué par la société sud-coréenne SaeHan, sort en mars 1998, plus de trois ans avant l'iPod, avec 32 ou 64 Mo, soit une vingtaine de chansons. Le Diamond Rio PMP300 suit la même année.
En 2010, le magazine Time juge encore utile de rappeler que l'iPod « n'était pas le premier baladeur MP3 portable ». Selon le magazine Sound & Vision, même le Rio est souvent présenté à tort comme le premier.
« Le nom iPod vient d'une réplique du film 2001 : l'Odyssée de l'espace »
Vinnie Chieco, un rédacteur indépendant engagé par Apple pour trouver un nom au baladeur, a pensé en le voyant à la réplique « Ouvrez les portes du sas, HAL ! » (« Open the pod bay doors, HAL »). Steve Jobs, d'abord réticent, a fini par retenir iPod.
Apple ne l'a jamais mis en avant : selon le site Cult of Mac, la marque ne voulait pas associer l'iPod au film de Stanley Kubrick.
- Apple Presents iPod — Apple Newsroom (communiqué du 23 octobre 2001)
- From Podfather to Palm's Pilot — IEEE Spectrum
- Extrait de Leander Kahney sur la naissance de l'iPod — Cult of Mac
- Apple releases iPod — Slashdot (23 octobre 2001)
- iPod — Wikipédia (anglais)
- Flashback 1998: Birth of the MP3 Player — Sound & Vision
- Diamond Rio PMP300 — Time, All-TIME 100 Gadgets
- Turn Siri into HAL 9000 — Cult of Mac
- How famous tech companies got their names: iPod — Christian Science Monitor