Qui est Élise ?
La « Lettre à Élise » est l'un des morceaux de piano les plus joués au monde. Ce n'est pas une lettre. Et Élise… n'est peut-être pas Élise.
Beethoven compose ce petit morceau en avril 1810. Il ne le publie jamais. Ce n'est qu'en 1867, quarante ans après sa mort, qu'un musicologue, Ludwig Nohl, découvre le manuscrit et le publie. Le manuscrit original a depuis disparu.
Premier malentendu, bien français : le titre allemand est « Für Elise ». « Für » veut dire « pour ». Pas de lettre : un morceau pour Élise.
Deuxième mystère : qui est-elle ? Une hypothèse célèbre dit que Nohl aurait mal lu l'écriture de Beethoven, et qu'il fallait lire « Für Therese », pour Therese Malfatti, une élève dont il était proche. D'autres chercheurs penchent pour Elisabeth Röckel, une jeune soprano qu'on appelait Élise. Ou pour une enfant chanteuse de 13 ans, Elise Barensfeld.
Le morceau le plus célèbre de Beethoven n'a jamais été publié par lui, son manuscrit est perdu, et on ne sait pas pour qui il l'a écrit. Tout ce qu'on sait vraiment, c'est le jour : un 27 avril, sans doute en 1810.
Quand un enfant massacre la Lettre à Élise au piano. Ou quand elle sort d'une boîte à musique.
Idées reçues
Ce qu'on raconte sur cette histoire, et ce qui est vrai.
« Beethoven était déjà sourd quand il a composé la « Lettre à Élise ». »
En 1810, son ouïe baisse depuis près de dix ans, mais il entend encore de la musique et une partie des conversations. Il ne passe aux carnets de conversation écrits qu'en 1818.
On résume Beethoven au « compositeur sourd », sans dates. Or il confie ses premiers troubles à deux amis dès l'été 1801 : la perte a été progressive, sur une vingtaine d'années.
« Beethoven a retravaillé la « Lettre à Élise » douze ans après l'avoir écrite. »
Vers 1822, il reprend le morceau pour un recueil de bagatelles qu'il compte publier : il décale l'accompagnement de la main gauche et récrit la fin. Le recueil ne voit pas le jour, et c'est la version de 1810, publiée par Nohl, que tout le monde joue.
On le croit écrit d'un jet puis oublié. Une feuille d'esquisses de 1822, conservée à la Beethoven-Haus de Bonn, montre le contraire, et l'éditeur Bärenreiter a publié une reconstitution jouable de cette seconde version.
« Beethoven a voulu épouser Therese Malfatti, à qui le morceau était peut-être destiné. »
Au printemps 1810, il s'éprend de cette jeune pianiste de 17 ans, parente de son médecin Johann Malfatti, et écrit le 2 mai à son ami Wegeler, à Bonn, pour obtenir son acte de baptême en vue d'un mariage. Therese refuse.
Aucune lettre de demande n'a été conservée, d'où le doute de certains biographes. C'est cette démarche administrative, dont la Beethoven-Haus de Bonn garde la trace, qui trahit son projet.
- Für Elise — Wikipedia
- Esquisses pour « Für Elise » WoO 59, autographe — Beethoven-Haus Bonn
- Acte de baptême de Beethoven, Bonn, 2 juin 1810 — Beethoven-Haus Bonn
- Beethoven and women — Britannica
- Beethoven and hearing loss — Berliner Philharmoniker
- What is the meaning of Beethoven's 'Für Elise' — Classic FM
- Discovering Beethoven's Revised Für Elise (édition Bärenreiter) — Pianodao