Dunkerque, laissée aux Anglais puis achetée par Louis XIV
Pourquoi aujourd'hui ? Le traité par lequel le roi d'Angleterre Charles II cède Dunkerque à Louis XIV est daté du 27 octobre 1662 ; le prix convenu est de cinq millions de livres françaises.
En 1658, la France et l'Angleterre prennent Dunkerque aux Espagnols, et c'est l'Angleterre qui garde la ville. Quatre ans plus tard, son roi la vend, et Londres s'en souviendra longtemps.
Juin 1658, sur la côte nord de la France. L'armée de Turenne, maréchal de Louis XIV, et les soldats de l'Angleterre de Cromwell viennent de battre les Espagnols à la bataille des Dunes, le 14 juin. Dix jours plus tard, le 24 juin, Dunkerque, port espagnol sur la mer du Nord, se rend.
Qui récupère la ville ? Pas la France. Le cardinal Mazarin, ministre du jeune Louis XIV, l'avait promise à Cromwell en échange de son aide. Il tient parole : la ville passe aux Anglais, et Cromwell en nomme gouverneur William Lockhart, son ambassadeur en France.
Quatre ans plus tard, le décor a changé. Cromwell est mort, et Charles II, fils du roi exécuté en 1649, est remonté sur le trône en 1660. Il hérite de Dunkerque et d'un problème : la garnison coûte cher, et le roi n'a pas d'argent. Selon l'historien David Hume, son principal ministre, le chancelier Clarendon, est le plus pressé de conseiller de vendre.
Louis XIV, lui, veut cette ville. Le traité est daté du 27 octobre 1662 (le 17 octobre dans le calendrier encore utilisé en Angleterre). Charles II cède ses droits sur Dunkerque pour cinq millions de livres françaises (des livres tournois, pas des livres sterling). Un banquier de Londres, Edward Backwell, part à Paris chercher l'argent.
À Londres, c'est la colère. Des marchands protestent : une fois aux mains du roi de France, Dunkerque deviendra un refuge pour les corsaires, ces capitaines munis d'une autorisation royale pour attaquer les navires ennemis. Charles II demande même à Louis XIV de publier un édit contre eux.
Le public cherche un coupable et le trouve : Clarendon. Vers 1664, le chancelier se fait construire un grand palais à Piccadilly. Les Londoniens l'appellent « Dunkirk House », la maison de Dunkerque, persuadés qu'il a été payé avec de l'argent français. En juin 1667, rapporte le chroniqueur Samuel Pepys, on coupe les arbres devant la maison et on brise ses fenêtres.
Du côté français, Louis XIV fortifie le port. Selon Britannica, il en fait une base sûre pour Jean Bart, enfant de la ville, et d'autres corsaires qui attaquent les navires étrangers. Ce n'est qu'en 1713, avec le traité d'Utrecht, que la France doit démolir ces fortifications.
L'Angleterre a vendu Dunkerque pour cinq millions de livres françaises, et la ville est devenue un nid de corsaires, comme des marchands de Londres l'avaient prédit.
Quand on parle d'une mauvaise affaire, d'un roi sans le sou ou de Dunkerque.
Idées reçues
Ce qu'on raconte sur cette histoire, et ce qui est vrai.
« Lord Clarendon a construit son palais de Londres avec l'argent français de la vente de Dunkerque »
Rien ne le prouve. Edward Walford, historien de Londres, note en 1878 que Charles II a bien touché de grosses sommes de Versailles, mais qu'aucune preuve ne montre que Clarendon en ait profité.
La rumeur date de l'époque : le chroniqueur Samuel Pepys note en février 1665 que le petit peuple appelle déjà la maison « Dunkirke-house », persuadé que Clarendon a touché un gros pot-de-vin pour la vente.
« Jean Bart, le célèbre marin de Dunkerque, était un pirate »
C'était un corsaire : il attaquait les navires ennemis en temps de guerre, avec l'autorisation écrite du roi. Né à Dunkerque en 1650, il entre dans la Marine royale en 1679 et finit anobli par Louis XIV.
Sur l'eau, les deux métiers se ressemblent : on prend des navires et leur cargaison. Le site Connexion France le présente encore comme un « pirate soutenu par l'État » ; selon Futura, le corsaire, muni d'une lettre de marque, ne se confond pas avec le pirate.
- Mansions in Piccadilly, dans Old and New London, vol. 4 (Edward Walford, 1878) — British History Online
- Dunkirk (encyclopédie du Journal de Samuel Pepys) — Pepys' Diary
- Dunkirk — Encyclopaedia Britannica
- Backwell, Edward — Dictionary of National Biography
- Sale of Dunkirk — Wikipédia
- Battle of the Dunes (1658) — Wikipédia
- Journal de Samuel Pepys, 20 février 1665 — Pepys' Diary
- Qui sont les corsaires du roi ? — Futura
- State-backed French pirate who became royal favourite — Connexion France