Vous utilisez bien plus de 10 % de votre cerveau
« On n'utilise que 10 % de notre cerveau. » C'est faux, et sa trace la plus célèbre se trouve dans une préface de livre de développement personnel.
L'être humain n'utiliserait que 10 % de son cerveau. Le reste attendrait d'être « débloqué ».
Au début du XXᵉ siècle, le psychologue américain William James écrit que nous n'exploitons qu'une petite partie de nos ressources mentales. Une idée vague, et plutôt raisonnable.
En 1936, le journaliste Lowell Thomas signe la préface d'un futur best-seller, Comment se faire des amis de Dale Carnegie. Il y attribue à William James un chiffre précis : 10 %. James ne l'avait jamais écrit. Le chiffre, lui, ne quittera plus les esprits.
La science dit l'inverse. Une lésion à presque n'importe quel endroit du cerveau a des conséquences. L'imagerie montre qu'en une journée, toutes les zones servent, et que beaucoup restent actives pendant le sommeil. Et le cerveau, qui fait 2 % du poids du corps, consomme environ 20 % de son énergie : l'évolution n'aurait jamais gardé un organe aussi coûteux à 90 % inutile.
Le mythe a souvent été attribué à Einstein, mais les Archives Einstein n'ont jamais retrouvé cette phrase. Comme le résume le neurologue Barry Gordon, de l'université Johns Hopkins : on utilise pratiquement chaque partie du cerveau, et l'essentiel est actif presque tout le temps.
Quand quelqu'un cite le film Lucy, ou vend une méthode pour « débloquer votre potentiel ».
Idées reçues
Ce qu'on raconte sur cette histoire, et ce qui est vrai.
« Il y a les « cerveau gauche », logiques, et les « cerveau droit », créatifs. »
En 2013, des chercheurs de l'université de l'Utah ont analysé l'activité cérébrale au repos de 1 011 personnes : rien n'indique que certaines se servent davantage de leur hémisphère gauche, et d'autres du droit. Certaines fonctions, comme le langage, sont plus d'un côté que de l'autre, mais la personnalité n'y est pour rien.
L'idée vient d'une vraie découverte, déformée. Dans les années 1960, Roger Sperry montre, chez des patients dont on a séparé les deux hémisphères, que chacun a ses spécialités, ce qui lui vaut le prix Nobel en 1981. La culture populaire en a fait des types de personnalité.
« Le cerveau humain compte 100 milliards de neurones. »
Le premier vrai comptage, publié en 2009 par la neuroscientifique brésilienne Suzana Herculano-Houzel, en trouve environ 86 milliards, et autant d'autres cellules. Les « dix fois plus de cellules gliales que de neurones » sont faux aussi.
Le chiffre rond se répétait de manuel en manuel, sans référence. En 2007, elle a interrogé des neuroscientifiques confirmés : aucun ne savait citer la mesure d'origine. « Du bouche-à-oreille », résume-t-elle.
« Écouter du Mozart rend plus intelligent. »
Une méta-analyse de l'université de Vienne, en 2010, portant sur une quarantaine d'études et plus de 3 000 participants, ne trouve aucun gain lié à Mozart. L'auteure de l'étude d'origine parle elle-même de mythe.
Tout part d'une étude de 1993 dans Nature : 36 étudiants réussissaient un peu mieux un test de pliage de papier après dix minutes d'une sonate. En 1998, le gouverneur de Géorgie fait offrir un CD de musique classique à chaque nouveau-né.
- Do People Only Use 10 Percent of Their Brains? (2008) — Scientific American
- Great myths of the brain: We only use 10 per cent — The Psychologist, British Psychological Society
- Myth: We Only Use 10% of Our Brains — Association for Psychological Science
- Researchers Debunk Myth of Right-brain and Left-brain Personality Traits (2013) — University of Utah Health
- The Split Brain Experiments — NobelPrize.org
- The human brain in numbers: a linearly scaled-up primate brain (S. Herculano-Houzel, 2009) — Frontiers in Human Neuroscience
- How Many Neurons Are in the Brain? — BrainFacts.org (Society for Neuroscience)
- Mozart's music does not make you smarter, study finds (université de Vienne, 2010) — ScienceDaily
- Fact or Fiction?: Babies Exposed to Classical Music End Up Smarter — Scientific American