Le Black Friday qui n'avait rien à voir avec les soldes
Avant d'être un jour de promotions, le Black Friday a été un jour de ruine. Le premier de l'histoire américaine date du 24 septembre 1869. Et il a été provoqué par deux spéculateurs.
1869, New York. Deux financiers, Jay Gould et James Fisk, ont un plan : acheter tellement d'or que tout le marché finira par dépendre d'eux. En Bourse, on appelle ça « faire un corner ».
Un seul obstacle : le Trésor américain, qui peut à tout moment vendre ses réserves et faire chuter les cours. Alors Gould se rapproche du président Ulysses Grant par l'intermédiaire d'Abel Corbin, le beau-frère du président. Et il soudoie un haut responsable du Trésor pour être prévenu à l'avance.
Le vendredi 24 septembre, l'or s'envole jusqu'à 160 dollars. Mais Grant a compris la manœuvre. Il ordonne de vendre 4 millions de dollars d'or. En quelques minutes, le cours s'effondre sous les 140 dollars. La Bourse perd 20 % en une semaine, plusieurs maisons de courtage font faillite.
Et Gould ? Il avait discrètement revendu son or avant la chute. Fisk, lui, s'était engagé à acheter de l'or au prix fort : quand le cours s'est effondré, il a tout simplement refusé de payer. Aucun des deux n'a jamais été condamné.
Fin novembre, quand les promos du Black Friday envahissent votre boîte mail. Ou dès que la conversation tourne autour de la spéculation.
Idées reçues
Ce qu'on raconte sur cette histoire, et ce qui est vrai.
« Le Black Friday s'appelle ainsi parce que ce jour-là, les commerçants passent enfin “du rouge au noir”, c'est-à-dire en bénéfice. »
Pour le lendemain de Thanksgiving, l'expression vient de la police de Philadelphie, qui l'employait au moins dès le début des années 1960 pour désigner la journée d'embouteillages et de cohue provoquée par l'afflux d'acheteurs. Les commerçants ont tenté, sans succès, de la rebaptiser « Big Friday ».
L'explication comptable est une réinvention tardive, répandue à la fin des années 1980, qui donnait une image flatteuse à un nom synonyme de pagaille. Les enseignes l'ont adoptée, et elle a éclipsé l'origine policière, rappellent Britannica et le lexicographe Ben Zimmer.
« Le Black Friday tire son nom de ventes d'esclaves à prix cassés. »
Aucune trace historique ne relie l'expression à l'esclavage. Aux États-Unis, elle a désigné le krach de l'or de 1869, puis, bien plus tard, la cohue du lendemain de Thanksgiving à Philadelphie.
Ce canular circule sur les réseaux sociaux depuis des années et ressort chaque fin novembre. Une version très partagée sur Facebook datait ces ventes de 1904, près de quarante ans après l'abolition, avec une photo de prisonniers aborigènes australiens de 1905, a relevé PolitiFact.
- Black Friday (1869) — Wikipedia
- Crisis Chronicles: The Gold Panic of 1869, America's First Black Friday — Federal Reserve Bank of New York
- Black Friday, September 24, 1869 — PBS American Experience
- Black Friday (1869) — Britannica
- The Gilded Age's Gold Crisis: September 1869's Black Friday — Library of Congress
- Black Friday (shopping) — Wikipedia
- Why Is It Called Black Friday ? — Britannica
- The Origins of “Black Friday” (Ben Zimmer) — Vocabulary.com
- Black Friday did not originate from sale of enslaved people — PolitiFact