Le raz-de-marée de bière de Londres
En 1814, à Londres, huit personnes sont mortes… dans une vague de bière.
17 octobre 1814, brasserie Horse Shoe, en plein Londres. Une cuve géante de porter, une bière brune, est tenue par des cerclages de fer. L'un d'eux cède. La cuve éclate et arrache le robinet d'une cuve voisine, qui se vide à son tour.
Une vague de centaines de milliers de litres de bière renverse les murs et déferle sur St Giles, l'un des quartiers les plus pauvres de la ville. Huit personnes meurent, dont cinq qui assistaient à la veillée funèbre d'un petit garçon.
L'enquête conclut à un accident, sans responsable. La brasserie ne verse aucune indemnité.
La légende raconte une foule ivre venue boire dans la rue. Un historien de la bière a relu les journaux de l'époque : la foule était calme et respectueuse. La vraie histoire est plus triste que la légende, et c'est sans doute pour ça qu'on préfère la légende.
Au pub, quand on commande une pinte. Effet garanti.
Idées reçues
Ce qu'on raconte sur cette histoire, et ce qui est vrai.
« Lors du London Beer Flood de 1814, des Londoniens sont morts d'avoir bu la bière répandue dans les rues. »
L'enquête du coroner recense huit morts, uniquement des femmes et des enfants, emportés par la vague ou ensevelis sous les maisons effondrées. Aucun journal de l'époque ne signale de mort due à l'alcool.
Des livres grand public ont enjolivé l'histoire, comme The Secret Life of Beer de l'Américain Alan Eames, qui parle d'une vingtaine de morts, dont certains par coma éthylique. L'historien de la bière Martyn Cornell a relu la presse de 1814 : rien de tel.
« Après le London Beer Flood, la justice a déclaré la catastrophe “acte de Dieu”. »
L'expression n'apparaît pas dans le verdict. Le 19 octobre 1814, le jury du coroner conclut que les huit victimes sont mortes « par accident et par malheur ». La conséquence est la même : personne n'est responsable.
« Acte de Dieu » est un résumé commode du verdict, qui a fini par passer pour une citation, jusque dans des magazines comme Smithsonian. Les comptes rendus de 1814, relus par Martyn Cornell, ne l'emploient pas.
« Après le London Beer Flood, c'est la brasserie qui a été dédommagée. »
Les familles des victimes n'ont reçu que le produit d'une collecte publique. La brasserie Meux, elle, obtient du Parlement en 1815 le droit de brasser en franchise de taxe l'équivalent des droits déjà payés sur la bière perdue, soit environ 7 250 livres. De quoi éviter la faillite.
On a du mal à croire que l'État ait aidé l'entreprise dont la cuve a tué huit personnes. Mais la taxe sur la bière était prélevée à la production : par une pétition au Parlement, la brasserie a récupéré l'équivalent de la taxe payée sur une bière qu'elle n'avait jamais vendue.
- London Beer Flood — Wikipedia
- This 1814 Beer Flood Killed Eight People — Smithsonian Magazine
- The London Beer Flood — HISTORY (A&E)
- Remembering the victims of the Great London Beer Flood, 200 years ago today — Martyn Cornell, Zythophile
- So what REALLY happened on October 17 1814? — Martyn Cornell, Zythophile
- A real beer tsunami: brewing historian Martyn Cornell — CBC Radio, As It Happens
- London's Forgotten Disasters: The Great Beer Flood — Londonist
- The London Beer Flood of 1814 — Historic UK