Le V d'insulte est-il vraiment né à Azincourt ?
Pourquoi aujourd'hui ? Le 25 octobre 1415, jour de la Saint-Crispin, l'armée anglaise du roi Henri V battait l'armée française près d'Azincourt, dans le nord de la France.
En Angleterre, on raconte que le V d'insulte, deux doigts levés, est né à la bataille d'Azincourt, en 1415. Les chroniqueurs de la bataille, eux, n'en disent pas un mot.
Selon une histoire répandue, les archers anglais d'Azincourt auraient inventé le V d'insulte pour montrer aux Français qu'ils avaient encore les doigts nécessaires pour tirer à l'arc.
25 octobre 1415, jour de la Saint-Crispin, près d'Azincourt, un village du Pas-de-Calais, dans le nord de la France. L'armée anglaise du roi Henri V y affronte l'armée française, en pleine guerre de Cent Ans. Pour les Anglais, cette victoire deviendra un récit national, que Shakespeare met en scène en 1599 dans sa pièce Henry V.
Le champ est une terre fraîchement labourée, bordée de bois épais et détrempée par la pluie. Les chevaliers français, alourdis de 23 à 27 kilos d'armure, s'y enfoncent, face à une armée où près de quatre hommes sur cinq sont des archers, protégés par des pieux pointus. Quand tout est fini, environ 6 000 Français sont morts.
C'est là, dit la légende, que serait né le V d'insulte : deux doigts levés, le dos de la main tourné vers l'autre, l'équivalent britannique du doigt d'honneur. Les Français auraient promis de couper les doigts des archers capturés. Vainqueurs, les archers auraient brandi deux doigts pour dire : regardez, ils sont encore là.
Le texte d'époque qui s'en approche est un discours prêté à Henri V juste avant le combat. On le lit chez Jean Le Fèvre et Jean de Wavrin, deux chroniqueurs bourguignons du XVe siècle : le premier a assisté à la bataille dans le camp anglais, le second dans le camp français. Le roi y affirme que les Français veulent couper trois doigts de la main droite aux archers capturés, trois et non deux.
Après la bataille, en revanche, les chroniques se taisent. Anne Curry, historienne britannique de l'université de Southampton et spécialiste d'Azincourt, le constate : ni chronique ni source du XVIe siècle ne mentionne un geste des archers vers les Français.
Le plus ancien usage connu du V, Anne Curry le date de 1901. Devant l'aciérie Parkgate de Rotherham, en Angleterre, un jeune adresse le geste à l'opérateur qui le filme, dans un film de trois minutes. Le British Film Institute, l'organisme qui conserve le patrimoine du cinéma britannique, y voit une première au cinéma, avec un point d'interrogation.
Quant à la légende des archers, Anne Curry y voit presque certainement un mythe urbain du XXe siècle. Et les chercheurs n'ont pas retrouvé qui l'a lancée.
Le plus ancien V d'insulte attesté ne vient pas d'Azincourt, mais d'un film tourné en 1901, 486 ans plus tard.
Pendant un match France-Angleterre, quand quelqu'un ressort l'histoire des archers et de leurs deux doigts.
Idées reçues
Ce qu'on raconte sur cette histoire, et ce qui est vrai.
« Les archers anglais d'Azincourt auraient crié « pluck yew » (« tirer sur l'if », le bois de leurs arcs) aux Français vaincus en levant le doigt, et ce cri aurait donné un gros mot anglais »
Pour David Wilton, auteur d'un livre sur les fausses origines des mots (Word Myths), ce n'est qu'une blague, un jeu de mots. La British Library, la bibliothèque nationale du Royaume-Uni, estime qu'il n'y a pas assez de preuves pour relier Azincourt au geste.
Selon Forces News, un média britannique consacré aux armées, l'histoire s'est répandue en partie à cause d'une retranscription inexacte de Car Talk, une émission de la radio publique américaine NPR. Internet l'a ensuite amplifiée, d'après David Wilton.
« Sir Piers Legh, chevalier anglais, est mort à Azincourt en 1415, et son mâtin a veillé sur son corps »
Piers Legh est blessé à Azincourt le 25 octobre 1415, mais il survit. Il meurt à Paris le 16 juin 1422, des blessures reçues pendant un siège.
Cette histoire de chien sert de récit d'origine à la lignée des mâtins, de grands chiens de garde, de Lyme Hall, le domaine de la famille Legh, selon le site Modern Molosser. Le site précise qu'il en existe plusieurs versions et qu'aucun document n'atteste la souche d'origine ; Medievalists.net range l'histoire parmi les légendes d'Azincourt.
- The truth about Agincourt — Université de Southampton
- Was the V sign invented at the Battle of Agincourt? — Agincourt 600
- Workforce of Parkgate Iron and Steel Co., Rotherham (1901) — BFI Player
- Did Agincourt archers really invent swearing with a two-fingered salute V-sign? — Forces News
- French history myths: The 'two fingers' insult comes from the Battle of Agincourt — The Local
- Five Myths about the Battle of Agincourt — Medievalists.net
- Battle of Agincourt — Wikipédia (en)
- Piers Legh (died 1422) — Wikipédia (en)
- Legendary Lyme Hall — Modern Molosser